"Ô RAGE, Ô DÉSESPOIR..."
2-0, contre l'Espagne.
Un 14 juillet sans feux, sans coupe, sans bruit. Juste le silence lourd après le coup de sifflet. La rage de l'occasion manquée.
Corneille l'avait dit avant nous. Il avait raison.
Alors on ne va pas faire semblant. Oui, ça fait mal. Oui, c'est injuste. Oui, ont aurait voulu hurler de joie au lieu de ravaler notre salive.
"Ô rage, ô désespoir, ô football ennemi !
On a le droit. Le droit d'avoir la gorge serrée. Le droit de trouver le champ encore plus sec, le ciel encore plus gris. Le droit de se dire que ce soir, même l'espoir a pris un rouge.
Et puis...
Et puis on lève les yeux du sol.
Il est toujours là.
Le tournesol que j'ai photographié ce matin.
Lui, il n'a pas vu le match. Il ne connaît pas le score. Il ne sait pas que la France a perdu 2-0.
Il sait juste qu'après la rage, il faut tenir.
Qu'après le désespoir, il faut une couleur.
Qu'après la fauche, il faut une tige qui dit "je reste".
"Ô rage, ô désespoir ? Oui.
Ô abandon ? non.
En 1789, on avait la rage aussi. La rage contre un monde verrouillé. Le désespoir d'un peuple à genoux. On a pris la Bastille.
En 2026, notre Bastille, c'est ce 2-0. C'est ce sentiment que tout nous échappe : la coupe, le climat, la paix.
Ce tournesol, c'est notre Rodrigue. Seul contre le chaume. Seul contre le gris. Seul contre le score. Il ne tire pas l'épée. Il ne crie pas vengeance. Il vit. Et c'est sa façon à lui de gagner.
Ce soir, il n'y a pas de feu d'artifice. Il n'y a pas de coupe. Il y a ta rage. Il y a mon désespoir.
Et il y a lui.
Un point jaune dans le noir.
Tu traverses peut-être ton propre champ fauché en ce moment. Un deuil. Une peur. Une fatigue.
L'impression que tout a été coupé autour de Toi.
Alors souviens toi de lui.
D'un tournesol pour dire que la terre n'est pas morte.
Une idée pour dire que tout n'est pas perdu.
Un geste pour dire que la suite existe.
Toi, pour dire que ça vaut encore le coup.
L'espoir ce n'est pas le champ entier qui repousse d'un coup.
C'est le premier qui ose.
Et qui, sans le savoir donne aux autres l'autorisation d'y croire.
Aujourd'hui, sois ce tournesol.
Même seul.
Même tard.
Même au milieu du chaume.
Parce qu'il suffit d'un pour que le vide ne gagne pas.
Bonne nuit....
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