Le papé

Publié le par maite-infos

Auteur : Yolande VERCASSON
 Association "Avec rime et raisons" Commune de Charleval - 13350

L'auteur a écrit ce poême  en hommage à son grand-père paternel.


Yolande Vercasson

(Ce texte a été mis en lumière, sans son accord, par une autre personne sous le nom de "la Mamé" lors de l'émission "La France a un incroyable talent" sur M6.)

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Le Papé 

 

Il se tenait assis tout au bout de la table

Et nous impatientait souvent par sa lenteur.

On le voyait si vieux, si courbé, pitoyable,

Que l’amour peut à peu cédait à la rancœur.

Je le suivais partout ! c’était là, dans ma tête !

Il me suivait des yeux lorsque je travaillais,

Proposait de m’aider, maladroit, l’air tout bête !

Il gênait nos projets, notre vie, le papé !

 

Au bout de quelques temps, prétextant les vacances,

Je le menais plus haut, au flanc du Luberon

« Tu seras bien là-bas. Tu verras la Durance

Du haut de la terrasse de la grande maison.

Ces maisons-là, papé, sont faites pour les vieux.

Regarde comme ils semblent bien, ils ont l’air très heureux ! »

« Comme tu veux, petite, si c’est pour ton bien-être.

Monte de temps en temps, le dimanche peut être ? »

 

Je l’ai laissé tout seul, vivement, pas très fière.

L’air était encore chaud, pourtant je frissonnais,

Et le chant des oiseaux voletant sur le lierre

Me disait doucement : « Qu’as-tu fait du papé ? »

Les jours se succédaient, je cherchais la quiétude

Le travail me prenait, j’essayais d’oublier,

De noyer mes regrets au fil des habitudes,

Les souvenirs d’antan rappelaient le papé.

Même dans le mistral qui rasait la garrigue

Pour venir s’écraser au butoir de la digue

J’entendais cette voix qui ne cessait jamais

De dire à mon oreille : « qu’as-tu fait du papé ? »

Chaque brin de lavande, de thym, de romarin,

Me reprochait sans fin l’absence de l’aïeul.

Le murmure des sources dans le petit matin

Chantait sur mon cœur lourd des cantiques de deuil.

Le remord lentement s'installait dans ma vie.

Je revenais m’asseoir ou il s’était assis,

Sur le banc de vieux bois, près du puits, sous le chêne,

Et je laissais errer mes pensées sur la plaine.

Alors, je l'ai revu, avant, lorsqu'il marchait

 Jusqu ‘au seuil de l’école, pour venir me chercher.

Je sautais dans ses bras, je l’embrassais, tout doux,

Et nichais tendrement ma tête sur son cou.

Il me portait un peu, puis, ma main dans sa main,

Il ajustait son pas pour bien suivre le mien.

Il m’expliquait les bois, les cabris, les moutons,

Les abeilles dorées et les beaux papillons.

Il cueillait aux buissons des réserves de mûres

Et m’offrait les plus grosses comme un présent de choix.

Il riait bruyamment en voyant ma figure

Barbouillée des reliefs de ce festin de roi.

Le soir près de mon lit, il venait me bercer

De chansons provençales, d’histoires de bergers.

Je m’endormais heureuse de sa chaude présence,

Pleine de rêverie, d’amour, de confiance.

 

Au long des souvenirs, mon cœur plein de pitié

A trouvé le repos. J’ai repris le sentier

Pour revenir tout droit à la grande maison.

Retrouver le papé, lui demander pardon.

J’ai pris tout simplement sa main, sans rien lui dire.

Une larme brillait au milieu du sourire.

Et c’est moi, cette fois, tout au long du chemin

Qui ajustais mon pas, pour bien suivre le sien.

 

Un papé c’est précieux, c’est tant de souvenirs !

Si vous en avez un, jusqu’au bout de vos jours,

Gardez-le près de vous. Quand il devra mourir,

Vous fermerez ses yeux dans un geste d’amour.

Aujourd’hui, par hasard, si le chant des cigales

Me pose la question tant de fois redoutée,

Je peux, le cœur tranquille, en digne Provençale

Répondre fièrement : « il est là, le papé »

 Yolande VERCASSON
 Association "Avec rime et raison" Commune de Charleval - 13350

 

Publié dans Poêmes

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Levy jc 11/04/2020 21:03

Bonjour Yolande Vercasson
Votre poème est merveilleux et tellement vrai.tellement bouleversant
Je suis président d’une association qui s’occupe de nos aines(ées) chez eux et dans le Ehpad , nous somme tous des bénévoles
Nous désirons mettre dans notre site votre Poème pour que nos aînée puissent apprécier votre talent de poète
Notre association s’appelle Mathusalem 13
Merci de prendre en considération notre humble demande
Cordialement
Jc levy

maite-infos 11/04/2020 21:30

Bonsoir Monsieur LEVY,
Je ne suis pas Mme Yolande VERCASSON. Je n'ai fait que recopier ce poème que je trouve moi aussi très beau. Merci de vous rapprocher de Mme VERCASSON qui j'en suis sûre vous autorisera à le publier sur votre site. Très très belles fêtes de PÂQUES.

Roberte Smidts 22/12/2013 17:10


Magnifique texte, qui sent bon la Provence, et aussi qui nous montre l'importance des souvenirs !!! Bisous. Roberte.